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Glossaire des dérives sectaires

Termes clés expliqués clairement, avec leurs sources institutionnelles ou académiques. Chaque définition est citable individuellement (ancres permanentes).

  1. Abus de faiblesse

    Définition : Délit pénal français qui sanctionne l'exploitation d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique pour la conduire à un acte gravement préjudiciable.

    Article 223-15-2 du Code pénal. Spécifiquement renforcé par la loi About-Picard de 2001 pour viser les dérives sectaires : il sanctionne l'exploitation frauduleuse de l'état de sujétion psychologique ou physique d'une personne. Peines pouvant aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende, aggravées en bande organisée.

  2. BITE model

    Définition : Modèle d'analyse de l'emprise mentale développé par Steven Hassan, structuré en quatre axes : Behavior, Information, Thoughts, Emotion.

    Cadre proposé par Steven Hassan dans son ouvrage Combating Cult Mind Control (1988). Le modèle BITE inventorie les techniques de contrôle exercées par un groupe ou un individu sur ses adeptes selon quatre dimensions : contrôle du Comportement (emploi du temps, finances, habitudes), de l'Information (filtrage, dissimulation, dénigrement des sources extérieures), de la Pensée (langage interne, arrêt de l'esprit critique, doctrine totalisante) et des Émotions (culpabilité, peur, ostracisme). Outil utilisé en thérapie post-emprise.

  3. Déconversion

    Définition : Processus par lequel une personne quitte progressivement un système de croyances ou un groupe sectaire et reconstruit son identité.

    La déconversion n'est ni un événement unique ni une décision prise une fois pour toutes. C'est un processus en plusieurs phases : doute, dissociation cognitive, retrait progressif, sortie effective, reconstruction. La phase de sortie est souvent plus difficile que l'entrée — elle implique un deuil de la communauté, la peur de l'ostracisme, et la reconstruction d'un cadre de référence.

  4. Dérive sectaire

    Définition : En droit français, atteinte aux personnes ou à la cohésion sociale résultant de l'usage de pressions ou techniques visant à placer une personne en état de sujétion.

    Définition opérationnelle de la MIVILUDES : « action visant à abuser de la fragilité d'une personne ou à la manipuler à son insu, par le biais d'une situation d'emprise psychologique ». Le droit français vise les comportements et les dommages — pas les croyances individuelles. C'est le faisceau d'indices (multiplicité et durée des signaux) qui qualifie une dérive, pas un signe isolé.

  5. Emprise

    Définition : Domination psychologique progressive d'une personne ou d'un groupe sur un individu, qui réduit son libre arbitre et l'enferme dans une dépendance.

    L'emprise n'est jamais immédiate — elle progresse par paliers : séduction et valorisation initiale, dépendance affective et endoctrinement, isolement et contrôle. Elle exploite des besoins légitimes (sens, appartenance, reconnaissance) et les retourne contre la personne. Elle se reconnaît au faisceau d'indices, pas à un signe unique. Sortir d'une emprise est un processus long.

  6. Faisceau d'indices

    Définition : Méthode d'analyse qui qualifie une dérive sectaire par la convergence et la durée de plusieurs signaux, et non par un critère isolé.

    Principe central de l'approche MIVILUDES. Aucun signal pris isolément ne suffit à caractériser une dérive sectaire — c'est l'accumulation cohérente, dans le temps, de plusieurs signaux observables (isolement, contrôle financier, rupture de soins, embrigadement des enfants, etc.) qui fait basculer une situation. Cette méthode protège des qualifications hâtives et permet une analyse documentée.

  7. Gourou

    Définition : Figure charismatique exerçant une autorité totale et exclusive sur un groupe, présentée comme dépositaire d'une vérité ou d'un pouvoir uniques.

    Le gourou tire son autorité d'un récit fondateur (révélation, élection spirituelle, savoir caché) qui ne peut pas être discuté. Il concentre les décisions, contrôle l'information interne, et organise généralement la culpabilité ou la peur autour de la remise en cause de sa parole. Sa figure est un signal MIVILUDES (« groupe autoritaire et opaque »).

  8. Groupe fermé / opaque

    Définition : Groupe dont les règles internes, la doctrine ou le fonctionnement sont délibérément cachés aux membres extérieurs ou aux nouveaux entrants.

    L'opacité est un signal d'alerte MIVILUDES. Elle peut prendre plusieurs formes : doctrines révélées par paliers, règles tacites, hiérarchie non documentée, gestion financière non transparente. Elle sert deux objectifs simultanés : verrouiller l'engagement progressif (« on ne peut pas savoir avant d'être dedans ») et empêcher la critique extérieure.

  9. Manipulation mentale

    Définition : Ensemble de techniques visant à influencer les décisions, croyances et comportements d'une personne en réduisant sa pensée critique.

    Recouvre des techniques documentées en psychologie sociale : pied dans la porte, dissonance cognitive entretenue, isolement informationnel, charge émotionnelle, langage interne. Différente de l'influence ordinaire par son caractère systématique, sa volonté de réduire l'autonomie de la personne et la durée d'exposition. Le terme juridique français correspondant est « abus frauduleux de l'état de sujétion ».

  10. MIVILUDES

    Définition : Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, rattachée au ministère de l'Intérieur.

    Créée en 2002, la MIVILUDES observe les dérives sectaires, conseille les pouvoirs publics, accueille les signalements et publie des repères pédagogiques. Elle ne combat pas les religions : son périmètre est strictement celui des comportements et des dommages observables. Son secrétariat reçoit les signalements de particuliers (anonymat possible).

  11. Ostracisme

    Définition : Exclusion organisée d'une personne par son groupe d'appartenance, utilisée comme outil de pression ou de sanction.

    L'ostracisme prend des formes très concrètes : rupture de tous les liens (famille, amis, conjoint·e) avec celui ou celle qui quitte le groupe, blacklisting professionnel dans certains milieux, silence collectif. Il est l'un des principaux freins à la sortie d'une emprise, car la personne sortante perd simultanément sa communauté, ses repères et parfois son cadre matériel.

  12. Reconstruction post-emprise

    Définition : Processus thérapeutique et social pour retrouver autonomie, repères et liens après une sortie de groupe sectaire.

    La reconstruction porte sur plusieurs plans simultanés : psychologique (traumas, syndrome post-cultiste, reconstruction du sens), social (nouveau tissu relationnel, parfois rupture avec la famille restée dans le groupe), matériel (logement, emploi, finances), juridique (récupération de fonds, dépôt de plainte si délits). Un suivi par un·e thérapeute formé·e aux mécanismes d'emprise est recommandé.

  13. Recrutement trompeur

    Définition : Technique consistant à dissimuler les véritables objectifs ou la nature d'un groupe lors du premier contact pour faciliter l'engagement.

    Forme typique : ateliers de bien-être ou conférences à thème neutre qui servent de porte d'entrée à un système de croyances ou à un mouvement structuré. Promesses miracles (guérison, réussite, équilibre), techniques du « pied-dans-la-porte », identité réelle du groupe révélée tardivement — autant de signaux MIVILUDES.

  14. Signalement

    Définition : Démarche par laquelle un particulier ou un professionnel transmet à la MIVILUDES, à la police ou aux services sociaux des faits évocateurs de dérive sectaire.

    Le signalement n'est pas une dénonciation pénale ni un acte définitif. Il alimente une veille publique et peut, par convergence avec d'autres signalements, déclencher une enquête. Il est confidentiel. La MIVILUDES, le 119 (enfance en danger), le procureur de la République ou la gendarmerie peuvent en être destinataires selon la nature des faits.

  15. Sortie spirituelle (sortie d'un groupe)

    Définition : Étape de quitter physiquement et symboliquement un groupe d'emprise, avec ou sans rupture publique.

    Distincte de la déconversion (qui désigne le processus complet), la sortie est l'événement (ou la séquence d'événements) où la personne cesse les pratiques, coupe les liens organisationnels, ou s'autoexclut. Elle peut être discrète (« silent exit ») ou marquée (déclaration publique, plainte). La sortie réussie demande presque toujours un filet préparé en amont.

  16. Sujétion psychologique

    Définition : État caractérisé d'une personne sous emprise dont le libre arbitre est altéré, juridiquement reconnu en droit français.

    L'« état de sujétion psychologique ou physique » est un élément constitutif du délit d'abus frauduleux de l'état de faiblesse (article 223-15-2 du Code pénal). Il se caractérise médicalement et juridiquement par une altération profonde du jugement, une dépendance affective ou cognitive, et une réduction du libre arbitre. Sa caractérisation requiert généralement une expertise.

  17. Syndrome post-cultiste

    Définition : Ensemble de symptômes psychologiques observés chez des personnes ayant quitté un groupe d'emprise (anxiété, troubles dissociatifs, perte de repères).

    Décrit notamment par Margaret Singer (Cults in our midst, 1995) et discuté en psychiatrie sociale. Symptômes courants : flashbacks, anxiété diffuse, troubles du sommeil, sentiment de vide identitaire, difficultés à prendre des décisions, peur de la sphère publique. L'accompagnement par un·e thérapeute formé·e à ces mécanismes améliore significativement la trajectoire de reconstruction.

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Glossaire produit avec assistance IA, relu par la rédaction Crise Conscience. Sources : MIVILUDES, Code pénal français (Légifrance), travaux académiques de Steven Hassan, Robert Lifton, Margaret Singer. Dernière mise à jour : 1er mai 2026.